Ce billet, écrit par
Nabia PISI, vient marquer un débat qui s’ouvre actuellement. Une élue de la Nation vient de proposer de rouvrir les maisons closes (sic !) en vue de protéger les prostituées (voir, pour
exemple, Le Parisien). Mais la prostitution,
avec ses nouveaux réseaux, ses trafics de jeunes femmes venant de tous les pays, son extrême violence, n’est-elle pas la plus grande violence faite aux femmes ? Je crois qu’il y a un climat
mettant en exergue la « haine des femmes », comme le dit Fadela Amara, Secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, auprès du ministre du Travail, des Relations
sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville. La burqa, les violences conjugales, l’inégalité dans les salaires, etc. ces sujets viennent alimenter des problématiques consternantes,
que je n’aurais jamais cru voir exposer, en France, au XXIème siècle. Mais, il est vrai que le créneau est finalement porteur…
Les études sur la situation dans les pays qui ont libéralisé
la prostitution montrent que la décriminalisation ne profite ni aux prostituées, ni aux femmes. Elle bénéficie aux souteneurs, aux dealers, au crime organisé en général, aux clients indifférents
pour qui la sexualité n’est qu’un acte machinal.
Pourtant, la Convention sur l'élimination de
toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, du 18
décembre 1979, stipule dans son article 6 que, « Les États parties prennent
toutes mesures appropriées pour supprimer le trafic des femmes et l'exploitation de la prostitution des femmes ».
Rappelons également que la France a ratifié, en 2008, la Convention du Conseil de
l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains.
Il existe déjà un dispositif national (ACSÉ – Accueil Sécurisant) pour accueillir et protéger les victimes de la traite des êtres humains à des fins
d'exploitation sexuelle. Il repose sur un réseau mettant en lien des structures spécialisées dans
l'accompagnement et le soutien des personnes prostituées, et des centres d'hébergement répartis sur l'ensemble du territoire national. Son principe : La protection des victimes de proxénétisme par l'éloignement géographique, la
confidentialité et la multiplicité des lieux d'accueil.
La démarche concrète :
1. La demande d'orientation intervient, suivie d’une réponse de la coordination dans les 48 heures sur les
possibilités d'accueil. La date et les modalités d'accueil sont déterminées entre le demandeur et le centre d'hébergement.
2. Les personnes sont systématiquement accompagnées physiquement jusqu'au lieu d'accueil. Les frais de
transport sont remboursés par la coordination du dispositif.
3. Une somme de 304€ est attribuée par le dispositif à toute personne bénéficiant d'une prise en charge dans
le réseau d'accueil.
Mais ce dispositif manque cruellement de fonds. Des aides financières sont
indispensables pour soutenir les structures. Pour cela, nos responsables politiques doivent mettre en place les crédits nécessaires à la mise en œuvre de mesures efficaces pour la réinsertion des
femmes prostituées et la rééducation des clients, voire la poursuite des récalcitrants.
Or Mme Brunel, notre députée, propose simplement d’ouvrir des maisons closes, meilleure solution, selon elle, pour protéger les prostituées… Pourtant, nous connaissons le résultat d’une telle
proposition, vécue par nos pays européens voisins qui ont eux-mêmes rétabli les maisons closes, Pays-Bas ou Allemagne par exemple : le bilan est catastrophique. Mais sa démarche démontre
qu’elle préfère pallier superficiellement à certaines des conséquences de ce système d’exploitation plutôt que de travailler à l’éliminer.
Quelle femme ferait librement le choix de vie d’intégrer une maison close ?
Pour conclure, une harmonisation des politiques et une coopération à
l’échelle européenne sont indispensables.
Aucun pays européen n’a obtenu des résultats aussi prometteurs en matière d’endiguement de la
prostitution et des trafics sexuels que la Suède. En effet, en Suède, la prostitution est considérée comme un élément de la violence des hommes envers les
femmes et les enfants. La prostitution est officiellement reconnue comme une forme d’exploitation des femmes et des enfants et comme un problème de société aigu qui provoque des dommages
graves aux individus et à la société. Depuis longtemps, la lutte contre la prostitution et la traite des êtres humains à des fins sexuelles constituent une priorité du gouvernement suédois. Cette
lutte est un élément essentiel de l’aspiration suédoise à l’égalité entre les femmes et les hommes tant au niveau national qu’international. L’égalité ne peut être atteinte tant que les hommes
achètent, vendent et utilisent les femmes et les enfants en les prostituant.
En complément du billet de Nabia, j’ajouterai ces quelques mots.
En France, il y a une confusion et une contradiction entre le droit « de disposer de son
corps », de se prostituer, et les différentes lois de lutte contre la prostitution : par exemple, la loi du 13 avril 1946 dite loi Marthe Richard, sur la fermeture des maisons de
tolérance, puis, plus récemment la loi de 2003 sur la sécurité intérieure qui pénalise le racolage.
Ce qui est en jeu, c’est avant tout la dignité de l’être humain, de l’homme, de la femme et de
l’enfant. La prostitution n’est pas un choix de vie mais une contrainte, une violence, une agression contre la personne. N’oublions pas que celles et ceux qui se prostituent viennent souvent de
pays pauvres, via des réseaux où les jeunes femmes sont violées avant d’être livrées à des clients. Des associations tentent de les récupérer, de les sortir de l’enfer. D’autres thèmes viennent
se greffer, notamment la lutte contre la pornographie, qui change le comportement des « consommateurs » et banalise la violence faite aux femmes auprès des
jeunes.
En voulant rouvrir les maisons closes, les politiques risquent de faire un appel fort, la demande étant plus avide que l’offre. Sont-ils prêts à cela ? J’espère sincèrement que
non.
Et, entre nous, je crois qu’il
y a d’autres sujets plus urgents à traiter que celui de l’ouverture des maisons closes. Les violences faites aux femmes, dans le cadre conjugal ou professionnel, sont déjà bien un thème
suffisamment préoccupant pour qu’il capte toute l’énergie combative de notre Députée. Je ne parlerai même pas de la prostitution « économique », dite occasionnelle, qui ne fait pas
l’objet de ce billet, mais qui porte atteinte aux fondements de notre système social, de notre civilisation. Elle touche principalement des femmes, étudiantes, mères de famille monoparentale,
mais parfois aussi des hommes, poussés à ces extrémités dégradantes pour survivre.











l’heure, à la Région.
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