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Lundi 25 avril 2011 1 25 /04 /Avr /2011 00:00

L’exemple de l’extraction du gaz de schiste

 

Comme vous tous, je viens de découvrir que le bassin parisien était une réserve inédite en énergies fossiles, juste sous nos pieds !

En déplacement en Seine et Marne, j’avais déjà pu voir des derricks en pleine Brie et cela m’a toujours laissé perplexe. Gaz Fotolia 30795567 XS

 

Puis, subitement, la polémique sur les gaz de schiste, et les méthodes pour l’extraire, est venue au devant de la scène médiatique. En tant que citoyen, je me suis intéressé à ce sujet et je me rends compte que deux domaines vont s’affronter : l’un tenant à l’écologie (les risques pesant sur l’environnement du fait de la pollution issue des méthodes d’extraction), et l’autre à l’industrie (qui ne peut ignorer économiquement une telle production en région parisienne).

 

Car, ce problème existe aussi aux Etats-Unis. Une enquête du New York Times vient de mettre à jour les dangers liés à l’extraction de ce gaz (cliquer ici pour le lien sur le N.Y. Times).

Tout le monde s’agite dans tous les sens, mais quelle est la nature de cette extraction ? Le rapport du New York Times révèle plusieurs points :

-          le processus utilisé aux Etats-Unis est celui de la « fracturation hydraulique » qui consiste à creuser à plusieurs milliers de mètres pour aller chercher le gaz. Ce puits va être consolidé par du ciment et des produits chimiques sont utilisés pour faire exploser la roche. Bien entendu, toutes ces composantes vont toucher des nappes phréatiques rencontrées lors des forages.

-          Ainsi, l’explosion de la roche est due à la projection sous haute pression de grandes quantités d’eau, reproduisant un véritable « mini-tremblement de terre ». Une partie de l’eau remonte et l’autre reste sous la terre avec une teneur en produits chimiques (de 500 à 2000 produits cancérigènes relevés, dont du benzène), susceptible d’entraîner une contamination des nappes.

-          Une partie de l’eau contient également des substances radioactives très supérieures aux seuils autorisés.

 

Au-delà des aspects techniques, un vrai problème de santé publique peut naître.

La France a inscrit en la matière, dans sa Constitution, un « principe de précaution » qui devrait sûrement jouer à plein. Car les conséquences sur la santé, étudiées aux Etats-Unis, sont considérables : de l’eau potable impropre à la consommation, des nappes polluées et des traces de radioactivités dans les bassins de rétention, un risque de contamination des rivières et des fleuves selon l’agence de protection de l’environnement américaine.

 

La décision du Premier Ministre, François FILLON, de stopper les autorisations d’exploration est sage au regard des dangers évoqués ci-dessus.

Dans le même temps, l’est-elle au regard du développement industriel de la France ?

Je pose simplement la question, car je suis d’accord avec la décision prise. Cependant, les méthodes d’extraction américaines sont-elles les seules existantes ? Nous savons tous le peu de cas fait par les Etats nord américains de ce qui relève de la protection de l’environnement. N’existe-t-il pas d’autres méthodes, avec d’autres technologies ?

Les opportunités économiques ne sont pas légion dans notre pays et je pense qu’il faut réagir à froid dans ce dossier : quelle est la part de l’écologie et de l’industrie dans de telles décisions ? Sont-elles compatibles, à l’heure où nous sommes tributaires d’énergies fossiles importées de plus en plus chères?

Cette question se pose également dans un autre domaine sur le nucléaire. Il n’est pas possible d’agir dans l’émotion et de considérer que l’actualité, même dramatique, gère le calendrier politique. Le gouvernement doit être en mesure, et c’est ce que je lui demande en tant que citoyen, de prendre la meilleure décision en ayant pesé l’ensemble des paramètres et non à l’aune de cris de ceux qui, dans un sens comme dans l’autre, n’agissent que dans des intérêts partisans.

Dans ce débat, d’autres questions se posent à des échelles différentes. Christine ARANDA, sensible aux questions de santé publique, me faisait justement remarquer que l'extraction du gaz est peut-être à risque, mais nous ne nous posons pas la question quand il s'agit d'extraire le pétrole ailleurs, qui est tout autant source de pollution. Nous ne nous posons pas la question de la manne économique qui profite aux dirigeants de ces pays, mais ne profite pas à la population exploitée. Nous ne cherchons pas à savoir où sont envoyés les déchets de nos centrales.

 

Imaginons que le sous-sol de Bussy recèle de ce pétrole tant convoité : quel que soit le mode d’extraction, accepterions-nous, Buxangeorgiens, que des derricks soient installés sur notre commune, quand bien même cela serait assorti d’une promesse de l’État, par exemple, d’effacer notre dette, ou même confortés par un engagement étatique de nous dédommager en accédant gratuitement à cette énergie… mais néanmoins en considérant que nos biens peuvent pâtir de cette installation sur notre commune ?

Telles sont les limites entre deux réalités, écologique et économique.

 

J’aimerais, dans les débats qui s’annoncent en 2012, avoir une réponse à ces questions plutôt que de découvrir des éléments simplement dans la presse.

 

« Dans un environnement qui change, il n'y a pas de plus grand risque que de rester immobile », Jacques CHIRAC dans Une Nouvelle France.

Par Yann Dubosc - Publié dans : Développement durable - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
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