Partager l'article ! Le respect envers nos aînés : un devoir, une éthique: Dans de nombreuses sociétés, encore aujourd’hui, la notion de famille est le ciment ...
Dans de nombreuses sociétés, encore aujourd’hui, la notion de famille est le ciment de l’existence. Les générations cohabitent, elles
s’entraident et se complètent pour affronter les affres de la vie. Il s’agit presque d’une affaire religieuse, les aînés étant
« sacrés ».
Notre civilisation a perdu ce sens du sacré envers nos ascendants et nos ancêtres. Nous vivons dans une aire de vitesse et de présent absolu, nos maisons sont trop petites pour accueillir plusieurs générations sous un même toit, nous luttons pour notre indépendance, nous travaillons souvent dans des lieux éloignés de nos parents et grands parents, etc. L’individualisme est notre nouvelle religion, la famille a pris de nouvelles directions : il reste le schéma classique, puis viennent les familles monoparentales, recomposées, homoparentales.
Je constate qu’il y a plusieurs types de dommages collatéraux : la violence existant dans les familles commence à sortir du cadre de l’intime pour pénétrer celui de la communication médiatique, basée sur l’effet et non sur le fond. Nous sommes tous sensibilisés et choqués sur la violence faite à l’encontre des enfants. Mais le sommes-nous de la même manière sur la violence faite à l’encontre des personnes âgées ? Je ne le crois pas. Et pourtant, elle existe sous des formes inimaginables.
Comme vous le savez, je suis un humaniste. Je milite dans des structures d’aide aux personnes handicapées, qui luttent pour donner de la dignité, une existence sociale via le travail. J’ai co-créé un colloque sur ce thème en 2006, sous le patronage de Xavier Bertrand, à l’époque Ministre du Travail.
Mon expérience personnelle a également fortement marqué mon engagement : je n’ai pas connu mes grands-parents paternels et, mes grands-parents maternels se sont rapidement retrouvés à la charge de ma famille, atteints tous les deux de graves maladies nécessitant des soins quotidiens. Je me suis investi aux côtés de mon épouse dans le suivi de sa grand-mère, installée dans un institut de retraite « classique » au démarrage, puis dans une maison médicalisée par la suite. Ce que j’ai vu m’a bouleversé, la souffrance psychologique et le sentiment d’abandon sont intolérables, mais les solutions à la disposition des familles, surtout en cas de maladies graves, sont très complexes. Les familles aussi ont besoin de soutien.
Passé ce choc, j’ai voulu « faire quelque chose », m’investir, être utile. Je ne pouvais accepter une situation de fait, des autorités fatalistes acceptant cette situation, des personnels souvent admirables mais dépassés par les événements, des politiques pleins de bonnes intentions, etc. Je me suis retrouvé face à un mur, un tabou.
Mais est-ce vraiment cela ? Nous, citoyens, n’avons-nous pas aussi une part de responsabilité ? Lors de la canicule de 2003, plus de 12.000 personnes âgées sont mortes dans l’indifférence générale (représentant 82 % des victimes) : souvenez-vous des ballets de voitures déposant les corps dans des entrepôts frigorifiques en attendant que les familles viennent les réclamer ! De nombreuses personnes, car ce sont des personnes, se sont retrouvées seules même dans la mort.
Mais, ce combat, je ne pouvais le porter seul. Le hasard de la vie m’a placé sur le chemin de deux hommes extraordinaires qui ont profondément changé mon existence.
Ces personnes extraordinaires, avec qui j’ai des liens profonds, sont pour l’un spécialiste de la maltraitance des personnes âgées (création d’ALMA Paris) et l’autre, entre autre, un penseur et un acteur de « l’intergénérationnel ». De ce fait, je suis passé de la réflexion à l’action, j’ai basculé dans l’opérationnel, en créant des structures, en travaillant pour des associations, en rencontrant les cabinets ministériels pour faire avancer un projet, etc. L’humanisme n’est pas un mot, c’est un comportement. Dans notre civilisation de progrès, nous devons nous révolter contre les injustices sociales dont sont victimes les personnes les plus fragiles, les handicapés et les personnes âgées.
Il y a d’autres sujets tout aussi importants, que l’on ne se méprenne pas sur mes intentions, mais que je connais moins bien. J’aimerais, toutefois, faire le vœux pieux que nos politiques, si soucieux de leur médiatisation, ne se contentent pas des sujets porteurs du moment (les violences faites aux femmes pour lancer la réouverture des maisons clauses, par exemple) mais s’emparent aussi de ceux qui font mal, de ceux qui réveillent les consciences. La maltraitance des personnes âgées.
Laissez-moi vous présenter cette thématique de la violence aux personnes âgées, alors qu’un projet de loi est en préparation par la Secrétaire d’Etat aux Aînés, Madame Nora BERRA, suite à un rapport sur les maisons de retraites.
En effet, ce dernier précise que 155 établissements sont sur la sellette, car non conformes, ce qui engendre en soit une forme de maltraitance. « Le gouvernement a aussi annoncé un projet de loi qui permettra la publication des évaluations des maisons de retraite. Et il rendra obligatoire une procédure commune à l’Etat et aux départements pour la gestion des plaintes et des signalements, qui reste pour l’instant parcellaire et éclatée. « L’indifférence et l’infantilisation sont des formes de maltraitance passive tout aussi condamnables que les violences physiques », a estimé le ministre du Travail Eric Woerth, lors de la conférence de presse avec Mme Berra », précise La Gazette des Communes.
Le Conseil de l’Europe caractérise la maltraitance « par tout acte ou omission commis par une personne, s’il porte atteinte à la vie, à l’intégrité corporelle ou psychique ou à la liberté d’une autre personne ou compromet gravement le développement de sa personnalité et/ou nuit à sa sécurité financière. »
Si l’on entre dans le concret, je tenais à vous restituer une étude effectuée récemment par le réseau ALMA qui précise dans ses dernières statistiques que sur 1200 personnes entendues, 32% des principales « catégories » de maltraitances relèvent des violences psychologiques, 21% financières et 19% physiques.
De plus, 86% des personnes âgées subissent ces violences à domicile et la majorité d’entre elles ne souffrent pas d’infirmités handicapantes. 67% des violences se font dans le cadre familial (6% par le personnel médical).
Les personnes âgées considèrent que les principales causes de souffrance, dans les institutions, sont essentiellement le « manque de communication » (25%), « le manque de personnel » (18%) et « l’agressivité/violence » (16%).
Je crois que le problème est d’une rare gravité. Je ne reviendrai pas sur les principes moraux que nie cette violence, car elle ne peut que dévier ma réflexion et m’enfermer dans la colère. En effet, le problème est suffisamment grave pour provoquer le 15 juin une « journée mondiale de lutte contre la maltraitance des personnes âgées ».
Il n’y a pas de bonnes ou mauvaises techniques pour lutter contre ce fléau. Il faut lever un tabou du cadre familial, il faut communiquer et sensibiliser sur le fait qu’il existe plusieurs formes de maltraitances. Les plus « connues » ne sont pas forcément les plus violentes. Le ressenti des personnes âgées, l’effet de solitude, l’impression d’abandon sont aussi destructeurs que la violence physique, psychologique ou financière.
Tel est mon engagement, tel est mon combat à long terme. Avec celles et ceux qui ont conscience qu’il faut agir, nous sommes au quotidien mobilisés auprès des autorités publiques et des partenaires privés afin de faire avancer ce dossier sociétal. A ce titre, je retiens une phrase prononcée en février 2010 par le groupe de travail réuni autour du programme régional de santé consacré aux personnes âgées : « il est nécessaire de préciser que le souci d’autrui n’est peut-être pas simplement une affaire de protection plus ou moins paternaliste. Sans doute doit-il partir du fait que nous sommes tous potentiellement menacés ou même déjà blessés par l’indifférence des autres. »
« En ce temps là, la vieillesse était une dignité ; aujourd'hui, elle est une charge", Fr.-R. de Chateaubriand
Du 21 au 27 mai : Festival Printemps de Paroles, Parc culturel de Rentilly
26 mai 2012 : Les Foulées de Bussy
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